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Le Toit familial, un foyer pour étudiants pas comme les autres

Ouvert en 1954 par le Casip, le Toit familial, situé au 9 rue Guy Patin dans le Xe arrondissement de Paris, fut un foyer pour étudiants jusqu’en 2000.

A l’origine, de 1904 et jusqu’à la Seconde Guerre Mondiale, le Toit familial est un foyer pour jeunes filles. Il a été créé à la demande de la baronne Adélaïde de Rothschild dans un immeuble qui lui appartenait dans le but d’héberger de jeunes salariées. À partir de 1941, les bâtiments du Toit familial deviennent la propriété de l’UGIF (Union Générale des Israélites de France). Suite aux rafles de l’été 1942, le centre de la rue Guy Patin accueille les enfants restés seuls après l’arrestation de leurs parents. Le 10 février 1943, lors d’une rafle, 11 enfants sont arrêtés et déportés.

Après la guerre, le Comité de bienfaisance israélite de Paris reçoit le bien immobilier du Toit familial, qu’il décide, le 6 février 1952, de transformer en foyer pour étudiants juifs. Le Toit familial étant la seule institution de ce type à Paris, les demandes d’admission affluent ; l’un des critères essentiels de sélection des futurs pensionnaires est fondé sur « l’intérêt que porte le candidat aux choses juives ». Le Toit familial n’est pas un foyer d’étudiants comme les autres : les pensionnaires y trouvent à la fois une ambiance juive et une ouverture culturelle sur la Cité.

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Le foyer fait figure de cadre sécurisant pour les jeunes étant donné l’éloignement d’avec leur famille. Cet aspect est lié à la dimension confessionnelle du foyer, comme le rappelle un étudiant tunisois en 1967: « arrivé récemment en France […] il est indispensable à la bonne marche de mes études de trouver le milieu dans lequel j’ai toujours vécu. »

L’identité juive se manifeste au quotidien, mais elle est particulièrement marquée les soirs de Shabbat ; en effet, chaque vendredi soir, le directeur du foyer réunit les étudiants autour d’un repas, dans le but de créer un climat familial. Ces réunions hebdomadaires, souvent honorées de la présence d’une personnalité du monde juif, donnent l’occasion aux pensionnaires d’améliorer leurs connaissances sur le judaïsme. Les repas communautaires permettent également aux étudiants d’Afrique du Nord, majoritaires au Toit familial, de métropole, d’Israël, de Suisse, des Etats-Unis ou encore d’Angleterre d’apprendre à mieux se connaître et de confronter leurs opinions. Enfin les fêtes juives rythment la vie des résidents : les bals de Hanoukka  et de Pourim sont des temps forts, de même que les deux Sedarim de Pessah, auxquels des membres de la famille Rothschild assistent régulièrement. Du reste, loin d’être une résidence universitaire repliée sur elle-même, le Toit familial est aussi un centre culturel ouvert à tous les étudiants, juifs et non juifs, de la capitale. De nombreuses conférences y sont données par d’illustres personnalités telles que Raymond Aron, Léon Poliakov, André Neher, Daniel Mayer, Francis Perrin.

La majorité des pensionnaires du Toit familial se destinent aux sciences et particulièrement à la médecine. Dans les dossiers de demandes d’admission, les étudiants avancent les raisons de leur choix de carrière qui peuvent être liées à leur identité. C’est ce qu’explique un étudiant qui a « choisi la médecine car elle me permet de concilier deux points de vue : familial et judaïque. En effet, faisant partie d’une minorité éternellement persécutée, j’ai choisi la médecine car la forte situation sociale qu’elle donne au médecin me permettra de me rendre utile et de venir en aide à mes frères juifs de façon assez concrète et énergique. D’autre part, je suis l’aîné d’une famille de sept enfants et mes parents se sont sacrifiés pour me permettre d’accomplir mes études secondaires ». Les résultats universitaires des pensionnaires sont excellents : les pourcentages de réussite aux examens de fin d’année avoisinent souvent les 90 %.

Le Toit familial, bel exemple du melting-pot de la communauté juive de Paris, a permis à de jeunes Juifs résidant en France, en particulier à des rapatriés d’Afrique du Nord, de réussir leurs études et de s’intégrer aisément dans la société française, tout en leur offrant la possibilité, s’ils le souhaitaient, d’approfondir leur connaissance du judaïsme. Notons que très nombreux sont les anciens du toit familial qui ont occupé ou occupent aujourd’hui des postes de premier plan en France et à l’étranger, comme le violoncelliste Raphaël Sommer, le PDG de Renault V.I. Shemaya Lévy ou encore le psychanalyste Daniel Sibony.

Sources :

Emmanuelle Polack, « Découvrir le Toit Familial, foyer d’étudiants juifs à Paris, 1952-2000 », Archives juives, revue d’histoire des Juifs de France, n° 37/2, 2e semestre 2004, pp. 127-134.

Martin Messika, « Le foyer du « Toit familial » et l’arrivée des Juifs d’Afrique du Nord en France (1954-1975) », Archives juives, revue d’histoire des Juifs de France, n°44, 2011, p.160

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